On était en CP, l'âge où on n'a pas beaucoup de mal à se faire des amis. On est vite devenues "les deux inséparables" comme disaient nos professeurs, aussi bien ceux de l'école que ceux du conservatoire. Complicité, rires, anniversaires, petites histoires ...
Cinq photos de classe plus tard, nous étions toujours en train de poser avec notre sourire le plus niais l'une à côté de l'autre, car nous étions toujours dans la même classe, toujours meilleures amies. Au collège, tout était différent, on faisait plus la cuisine et le bricolage en classe, on pouvait plus rire autant. Bien sûr, on se foutait royalement du sérieux que les gens attendaient de nous, et si certains professeurs ont essayé de nous séparer, ça a souvent été l'échec : coups de gueule, manque de participation et regards noirs. Si ça ne marchait pas, c'était les coups tordus, on profitait des légères pertes de mémoires de certains, ou on utilisait le langage codé sur papier pour d'autres. Puis la rencontre de Manon, suivie de celle de Marie, a changé pas mal de choses, pour ne pas dire tout. A présent, nous étions quatre inséparables. Marie fut le témoin de notre mariage, deux ans plus tard, dans les toilettes du premier étage au conservatoire, vous savez, celles qui sentent toujours mauvais et qui se situent près des casiers.
Tout est passé si vite.
Aujourd'hui et depuis neuf ans, c'est la première fois qu'en écoutant l'appel des élèves de ma classe, je n'entend pas le nom de Mélissa. C'est le coup dur, c'est la vie. Alors, quand ça fait trop longtemps pour moi que je n'ai pas entendu sa petite voix résonner au creux de mes oreilles, je ferme un peu les yeux, je me concentre et j'essaye d'entendre son rire à un ou deux kilomètres de là, dans la cour du lycée Clemenceau. Certes, elle me manque toujours, mais le monde peut se remettre à tourner convenablement.
Je l'aime tellement.


